Uncultured - Formes d'illustration

Aurélien Mathis : récit d’une photographie onirique et actuelle

  • 28 Février 2022

Âgé de 23 ans à peine, le jeune homme originaire de Mulhouse étudie aujourd’hui aux beaux-arts de Marseille. Mais sa passion pour la photographie ne date pas d’hier…

Uncultured - Aurélien Mathis : récit d’une photographie onirique et actuelle

Âgé de 23 ans à peine, le jeune homme originaire de Mulhouse étudie aujourd’hui aux beaux-arts de Marseille. Mais sa passion pour la photographie ne date pas d’hier…

Des prémices aux beaux arts : la photographie comme vocation

L’année de ses 13 ans, le tout jeune homme rencontre la photographe mulhousienne Cécile Fauroux en posant pour elle. L’artiste le prend sous son aile et l’initie à la photo, plus particulièrement à l’art de la mise en scène. Pour faire ses armes dans le domaine, Aurélien commence à reproduire certaines scènes de ses clips et films préférés : « Je crois qu’à ce moment je ne savais pas ce que je voulais partager avec ces outils mais au moins, la pratique m’a permis d’affiner mes exigences envers mon travail. »

Aujourd’hui son œuvre est bien plus complexe et engagée, mais les outils restent les mêmes :

« Aujourd’hui la mise en scène me sert à sublimer des expériences intimes et communes à beaucoup de personnes dans la communauté lgbtqia+. Le fait de marier nos problématiques à une esthétique classique est une manière pour moi de compenser des représentations de nos corps qui sont manquantes dans l’histoire des arts que l’on nous a enseigné.

Avoir des références esthétiques comme Le Caravage, Moreau, Delacroix, ou Bouguereau permet selon moi d’élargir la lisibilité de mon travail à une sphère plus large qu’un cercle communautaire, et donc de créer une communauté sensible plus importante. »

Comprendre pour communiquer, créer pour toucher le spectateur, montrer sans imposer. Pouvons-nous parler d’un coup de maître ? Sans doute !

« Je puise mon inspiration dans plein d’univers différents, j’empreinte le clair-obscur du Caravage, les ornements de Gustave Moreau, les corps en tension que j’ai découvert chez Bouguereau mais en même temps je ne suis pas le seul à être intéressé par tout ça, j’aime donc beaucoup ce que font Joseph Häxan, Pierre et Gilles, David Lachapelle, Marwane Pallas pour ne citer qu’eux. »

Aurélien Mathis – collaboration avec Géraldine Husson

U.M : Ton traitement du corps humain rappelle parfois les nus antiques : pourquoi ?

C’est le film Troie, dont l’esthétique classique a marqué le petit garçon qu’il était au moment du visionnage, qui a donné envie à Aurélien d’apprivoiser cette iconographie :

« La question de l’idéal est très présente dans les nus antiques et je crois que j’entretiens une forme d’idéal avec les modèles avec lesquel.e.s je travaille. Pas parce qu’iels font la bonne taille ou qu’iels ont
la bonne morphologie mais parce que leurs corps sont politiques et correspondent aux questionnements actuels qui me/nous concernent. »

Aurélien insiste tout particulièrement sur la question du traitement des corps. Pour lui, « Chaque élément est considéré à la même hauteur que ce qui l’entoure. (…) Je ne leur fais pas jouer la comédie non plus, je pense que je fais parler leur corps, pas leur personnalité. » : les modèles deviennent des outils pour diffuser un message, au même titre que l’ensemble des pièces et accessoires du set en question.

Aurélien Mathis

U.M : Chez Uncultured, nous avons eu un coup de cœur pour ta dernière image : tu peux nous en parler ?

« Je n’ai pas (encore ?) donné de titre à cette image. Je la trouve déjà très littérale donc je pense que pour le moment, elle peut s’en passer. J’ai voulu raconter une histoire : c’est le matin, la brume se manifeste au premier rayon de soleil et caresse les corps qui disent au revoir à ce guerrier qu’ils ne reverront peut être jamais.

L’histoire me fait rire, mais à vrai dire, l’au revoir est symbolique et peut se reporter à plein de récits plus concrets. »

L’histoire de cette photo, c’est avant tout une histoire de rencontres et de partage, comme nous l’a expliqué Aurélien : ce dernier a d’abord contacté l’artiste ayant fabriqué les bijoux collés sur le buste du modèle central : « À ce moment-là je ne savais pas du tout ce que je voulais faire, mais on s’est rencontré, il m’a montré tout ce qu’il avait. On était d’accord pour travailler ensemble, mais comme je fais tout au feeling, il n’y avait pas encore de projet. »

6 mois plus tard, une connaissance commune est venue se greffer à l’embryon de projet : « (…) Puis tout est allé très vite, un ami m’a proposé d’ajouter des éléments 3D sur mes images et j’ai directement pensé à l’épée d’Achille dans Troie.

J’ai d’abord cherché un endroit recouvert de marbre avant de m’orienter vers de la fumée (qui donne beaucoup plus de sens et de texture à la photo). Le fait de travailler avec plusieurs modèles oblige à être spontané puisque, jusqu’au dernier moment, tu ne sais pas si tout le monde va venir (…) et tout le monde n’est pas forcément à l’aise donc il faut composer avec les contraintes de chacun.e »

U.M : On a l’impression que tes modèles flottent au-dessus des nuages… C’est très poétique ! As-tu une anecdote à nous raconter concernant cette photo ?

« À la base, on devait utiliser des machines à fumée, mais les détecteurs de fumée étaient hyper hauts dans la salle et on ne pouvait ni les enlever, ni les désactiver au cas où ils se déclencheraient. Donc du jour au lendemain, j’ai trouvé quelqu’un qui pouvait livrer de la glace carbonique. Ça, c’était assez drôle car personne n’en avait jamais manipulé, on a joué aux apprentis chimistes tout le long de la séance.

Il se trouve que l’effet de fumée a super bien fonctionné, mais que sur une seule prise. J’ai alors du faire un montage avec cette photo, et d’autres où les positions de chacun.e.s me convenaient le plus. C’était en décembre, le sol était froid, mouillé par nos expérimentations, je sais que les modèles n’ont pas vraiment passé un agréable moment, mais je suis super reconnaissant de leur implication ! »

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